Comment transformer Pen-Duick VI en bunker ?

Comment transformer Pen-Duick VI en bunker ?

Message du bord #15
Bonjour à tous,
Une fois de plus je suis très en retard, mais il se passe tellement de choses !
Je vais tenter de résumer, car vous vous en doutez, l’actu en ce moment, c’est plutôt Lorenzo, mais ça, j’y reviendrai en fin de message.
Je vais commencer par répondre à une question que l’on me pose souvent : comment avez vous eu l’idée, et réussi à rencontrer des spationautes ?
C’est assez simple, quand quelque chose doit arriver, ça arrive.
Nous étions tranquillement en train de nous faire tabasser l’année dernière à notre retour d’Islande dans une petite dépression à 60/80knt. Nous imaginions notre prochaine escale, le bateau nous ayant demandé de délayer l’escale des Lofoten. En regardant la carte, les Açores, ses grottes, volcans et faune marine nous paraissaient prometteur. Et comme nous aimons les contrastes, quitte à aller sous terre et sous l’eau, pourquoi ne pas y emmener quelqu’un qui a eu la tête dans les étoiles ?
Reste maintenant à savoir comment les contacter !
À notre retour, nous rencontrons lors d’une conférence, Yves Gourinat, professeur à l’ISAE, institut supérieur de l’Aéronautique et de l’Espace. Sauf que Yves se présente comme prof à SupAero, en prononçant très rapidement SupAero. Et moi, à chaque fois, j’entends qu’il est prof à Super Héros… Faut reconnaitre que c’est proche, et que dans notre imaginaire, ces gars-là sont quand même des Super Héros non ?! Du coup, Yves est pour moi un super-héros, et grâce à lui, nous avons pu rencontrer Jean-Jacques Favier et Jean-François Clervoy. Encore merci Yves !
Revenons à BillyBob : Jean-François a volé 3 fois dans l’espace, dont 2 fois la même année. A peine arrivé de sa précédente mission, il est immédiatement reparti pour réparer le télescope Hubble. Jean-François était le meilleur pour commander la mission et manipuler le bras robotique. Il est seul a pouvoir piloter le bras à vitesse maximum, à moins de 3 mètres de l’objectif. Une dextérité incroyable grâce à une passion d’enfant pour tous les jeux d’équilibre.
Car BillyBob, (son surnom spatial, Jean-François étant impossible à dire pour un américain !) n’a pas grandi ! Il a beau être jeune retraité, et être toujours à la tête de Novespace, l’avion Zero G qui effectue les vols paraboliques, BillyBob est émerveillé, de tout. Vous auriez du le voir en tête de mat de Pen-Duick VI !
Et ça fait du bien, de voir des hommes émerveillés… L’émerveillement engendre la curiosité, l’ouverture aux autres, la générosité, la soif d’apprendre et BillyBob est tout ça à la fois. Insatiable. Un homme heureux en somme. Alors en plus de tout ce qu’il nous a appris, peut être que c’est ce qu’il est qui nous à tous marqués à bord et qui nous manque déjà.
Avec BillyBob, nous avons vécu une belle histoire de mer et de marin, le genre de scénario angoissant, mais qui se finit bien. Nous sommes plusieurs à bord à avoir un ami qui était en transat en solo, à bord d’un petit trimaran. Sauf qu’à 800 miles des Açores, son flotteur a décidé de se désolidariser du bateau. Alors pendant une semaine, il a réussi à bricoler une réparation de fortune, entre temps réparer sa grand voile au fil de pêche, arrêter un cargo pour avoir de l’eau et de la nourriture, et mile par mile, rentrer au port. Et rentrer au port, à l’endroit ! Car « Capsize man » est le surnom bien mérité de notre bon Mayeul Riffet , qui doit avoir un record mondial de chavirages et autres péripéties en multicoque trans-océanique ! Alors après une semaine tenus au courant par son équipe à terre, nous l’attendions sur le quai à 1h du matin avec un « Capsize Man’s Survival Kit », rempli de Paté Hénaff, d’un sextant en bambou, de ficelle, tube de colle, crème solaire, fil de pêche et tout plein de truc à 2 balles pour survivre. Et c’est autour d’un gros plateau de fromage, mangé à l’arrache sur le quai que nous nous sommes retrouvés, lui heureux de revoir des humains, nous, heureux de revoir notre copain.
Notre cinquième invité à bord était Nicolas Hulot, et nous avons eu la chance qu’il croise la route de BillyBob 24h à bord. L’occasion pour nous de faire une interview croisée… Enfin, on a tenté l’interview, mais avant même les micros posés, ils parlaient déjà, alors nous les avons laissés parler. Des moments magiques comme ça, ça se vit en spectateur.
Nicolas et Florence Hulot sont restés une petite semaine à bord, où nous nous avons pu échanger, aller sous terre, sous l’eau et naviguer de Horta à Terceira, la météo n’a pas vraiment été de notre coté. Pas de chance mais en même temps, faut avouer que nous en avons eu pas mal depuis le début de l’expé…
Cela fait un moment que nous voyons la météo changer. Après 3 semaines parfaites qui nous ont permis de dérouler le planning quasi comme prévu, ça c’est corsé au moment où Nicolas et Florence Hulot sont arrivés à bord. Heureusement pour nous, Nicolas, parrain du projet Elemen’Terre, est bien sur un habitué des tournages en pleine nature, alors il s’adapte. La météo nous a quand même permis de naviguer, de faire de la spéléo et de la plongée afin d’illustrer les propos que nous récoltons. Nos ambassadeurs viennent dans l’optique de donner de leur temps à bord et non pour prendre, ce qui fait une grande différence…malgré tout, l’échange va bien sur dans les deux sens.
Ensuite c’est Coralie Balmy qui nous a rejoint à bord et là encore, on sent que ça change… Les raies Mobula qui normalement migrent la deuxième semaine d’octobre, ne sont déjà plus à Princess Alice Bank… Les animaux sentent le danger, bien avant nous. Un peu comme lors de notre dernière plongée avec les requins bleus. D’un seul coup, plus personne. Les 5 requins sont partis en même temps, sans raison apparente pour nous… Et 15 minutes plus tard, une jolie « petite » baleine de 12 ou 13 mètres fait sa curieuse et nous tourne autour 3 fois avant de s’en aller ! La météo, elle, change toujours… Il commence à faire lourd, humide. Les oiseaux se regroupent et s’envolent, les bateaux arrivent au fur et à mesure pour trouver refuge dans le port d’Horta… Un certain Lorenzo est en approche… Et ce n’est pas le cavalier camarguais !
Ne pas confondre météo et climat, mais quand même. Lorenzo est l’ouragan le plus puissant recensé dans l’est Atlantique. Du jamais vu.
Les Açores ont connu leur dernier ouragan en 2016… mais au mois de janvier ! Le monde change, il va falloir s’y adapter, et réagir, vite ! Le dernier rapport du GIEC est alarmant, une fois de plus.
Ici, l’ambiance est plutôt studieuse, ou : comment transformer Pen-Duick VI en bunker ? Nous tentons d’imaginer tous les scénarios possible, comment doubler, tripler les aussières, où trouver le plus de pneus possible pour recouvrir la coque du bateau, comment vont réagir les autres bateaux autour de nous, de combien la mer va monter avec la baisse de pression… et bien sûr quand et comment devra t’on évacuer le bateau…
Envoyez nous de belles ondes, on va en avoir besoin !
Bon quart à tous,
Marie