Message du bord #16

Message du bord #16

Retour d’Islande l’année dernière… Nous nous faisions tranquillement tabasser dans une dépression par 60/80knt de vent, 938 hpa… sympa. Le fantasme du bord, c’était le parasol. Nous commencions à planifier l’année 2019, et nous nous disions que tester la nouvelle version d’Elemen’Terre dans un endroit plus simple en navigation et en météorologie, comme les Açores, serait une bonne idée. Mon assurance était ravie, c’est bien moins risqué que le Groenland…

Tu parles !

Depuis quelques jours, nous regardions l’évolution d’une belle dépression sur l’Atlantique, dépression qui se transformait en ouragan, mais dont la trajectoire était inhabituelle car au lieu d’aller aux Antilles, elle a viré à droite, et est venue droit sur les Açores. Tadam !!

Branle-bas de combat à bord, nous ne pouvions pas partir car en équipage trop réduit alors nous avons paré au pire. Le port d’Horta nous a trouvé une bonne place pour abriter le bateau juste derrière la digue. Il sera donc plaqué par le vent contre la digue. Mais ce n’est pas le vent qui nous inquiétait : nous avions posé les bômes, sécurisé les drisses, mis de la chaine autour des bites d’amarrage puis triplé dessus les aussières, enlevé les systèmes anémomètre en haut du mât.

Ce qui nous inquiétait, c’était la mer et la marée. Dehors, il y avait des vagues de 20 mètres annoncées, alors forcément nous allions avoir de la houle. Nous étions à marée haute, à un mètre du haut du quai. Avec la chute de pression, le niveau de la mer allait monter… Seulement allait-elle monter au-dessus du quai lors de la haute marée ? Les paris à bord étaient ouverts, 80cm, 1m, plus d’un mètre…

Alors sur une idée de notre super Arnaud, notre maître d’œuvre qui est en France, nous avons fabriqué des guirlandes de pneus (3 pneus + 1 de tracteur) reliés entre eux par des câbles puis enroulé la coque du bateau avec, de bâbord à tribord en passant près de la quille. Si Pen-Duick VI montait sur le quai, il n’aurait « qu’à » se poser sur ses pneus. La théorie était bonne, reste à voir la pratique.

Mayeul ( Capsizeman !) a quant à lui sécurisé son trimaran à couple de nous, et comme ses proches étaient venus passer quelques jours à Horta, ils nous ont ouvert les portes de leur maison pour que nous puissions avoir un refuge. Comme elle est en hauteur, en plus de la sécurité, nous pouvions voir le bateau aux jumelles. De 4 ils sont passés à 13 + un bébé dans la maison, mais ça l’a fait ! Encore merci les Riffet !

Une partie de l’équipage a donc débarqué dans l’après midi. Je me résigne à débarquer avec eux, car encore une fois, j’ai tenté de tester les limites du corps humain et ne suis pas à ce moment-là à 100%.  Je demande donc à l’équipage de ne pas prendre de risque pour le bateau. A presque 50 ans, il est grand et saura prendre soin de lui. Et pis, avec la carrière qu’il a eu, il ne va pas finir sur un quai à Horta ! Mais que ce fût dur de le laisser…


Alors nous convenons que le gros de la tempête commençant à 2h et que la marrée étant haute à 3h, à une heure du matin, nous ne pourrions de toute façon plus rien faire pour lui alors je demande à Fons, Lambert et Théo de débarquer. Si tout sur les quais et dans la ville se mettait à voler, l’équipage ne pourrait alors plus partir. La limite entre rester le plus longtemps et rester trop longtemps peut être fine…

Alors après avoir réglé les aussières pour la marée haute à venir, les gars ont débarqué, et nous avons espéré que tout se passe bien.

6h du matin. Le vent secoue les volets, la maison tremble. Je tente d’ouvrir un volet, et ne comprends pas très bien ce que je vois. Le jour se lève à peine, tout est gris, le vent fait un bruit dingue. Entre l’ile de Pico et Horta, tracez des lignes, imaginez quelles avancent, et visualisez qu’elles mesurent 20m de haut. Voila. Dingue, puissant, des monstres. J’entraperçois le bateau, plaqué contre le quai, c’est bon, au moins il est là !

8h, Fons et Mayeul partent vérifier les amarrages, casqués tous les deux, au cas où. Les nouvelles pour le port et le bateau sont bonnes. En revanche, vu les murs d’eau qui s’abattent sur la côte, on se doute qu’il va y avoir de la casse. L’anse de Porto Pim est ravagée, quelques maisons sont éventrées. Il y a du dégât, mais rien à voir avec Irma. En revanche, sur l’ile de Flores, le port est totalement détruit. Les containers sont dans l’eau, la grue qui les porte aussi, et la digue n’est plus qu’un amas de graviers.

La suite du programme a du être réorganisée. Suite à cette dépression, la météo est instable et de nombreux fronts passent. Ensuite, la houle a mis beaucoup de temps à se calmer, et la visibilité à revenir. Enfin, nous avions prévu d’aller à Flores, mais sans port bien sur, nous devons abandonner…

Comme nous n’avions plus que quelques jours, nous avons tout condensé, et profité de l’occasion pour accueillir à bord 2 reporters de France 2, résultat fin novembre !

Avoir ces reporters à bord était l’occasion de mettre un gros coup de projecteur sur quelqu’un qui nous a ensoleillé le bateau !

Coralie Balmy, c’est l’un des plus beaux palmarès de la natation Française. Championne d’Europe 400m nage libre, Vice championne 800m, 3 participations aux Jeux Olympiques, Pékin 2008, Londres 2012 et Rio 2016… et une médaille de bronze à Londres, lors du relais 4 X 200m !

Depuis quelques années, Coralie a arrêté de compter les carreaux au fond de son bassin et s’est engagée pour la protection des océans. Elle a passé ses diplômes de soigneur, spécialisée pour l’instant sur l’univers de la tortue. Des projets, elle en a plein en France et en Martinique, notamment via son association Be Green Océan.

Les raies Mobula sont parties juste avant l’ouragan Lorenzo, mais nous avons eu l’occasion de replonger avec les requins bleus. Coralie était très à l’aise : de toute façon, si un requin la menaçait, elle n’aurait qu’à nager plus vite que lui, non ?

J’ai trouvé un endroit sur l’île où je pouvais travailler des chevaux en liberté. Pourquoi ? Car Coralie a peur des chevaux, et que je sais que je pouvais l’aider à les percevoir différemment. Face à un cheval, elle qui est bonne vivante, toujours à rire, rayonnante, rêve d’être une petite souris afin de disparaitre sous le sable de la carrière. Je l’ai donc mise dans un espace sécurisé, mais en liberté avec le cheval, pour que sur mes conseils, elle arrive à contrôler les pieds du cheval à distance et que le cheval fasse le choix de venir et de rester avec elle.

Il y a une grande différence entre un animal (ou un humain !) qui fait le choix d’être avec vous, ou un animal qui est contraint d’être avec nous, et le simple fait de mettre un licol et une longe nous relie au cheval… mais est-il d’accord ? C’est pourquoi je commence toujours mes séances en liberté, pour être sûre que le cheval fasse le choix de me choisir comme référent.

D’un coup, le regard de Coralie à changé, et elle a commencé à comprendre que les chevaux peuvent être demandeurs de relationnel, d’échange avec l’humain. Cette sincérité peut être impressionnante. Se reconnecter à nos natures, humaine et terrestre, aux animaux, apprendre à les voir pour ce qu’ils sont réellement, faire taire notre égo pour que nous soyons égaux… Ne serait-ce pas là l’une des clefs de l’harmonie que nous recherchons ?


La suite pour nous, c’est le convoyage retour vers Lorient. Un équipage de convoyage est venu nous prêter mains forte, et nous devions partir ce matin, seulement… l’aéroport a la fâcheuse manie de perdre les sacs… alors nous attendons le sac de notre dernier équipier et partirons ce soir. On espère quand même prendre le bon wagon de météo, et faire un convoyage sous 20knt de vent au travers. Si c’est ça, on va bombarder et le bateau va se marrer. Mais comme ça ne se passe jamais comme prévu… on verra !

Ensuite, ce sera le fameux saut, du « ciré au costard » comme on dit chez les marins.

Nous sommes en train d’imaginer l’année 2020, comme vous vous en doutez, cette aventure dépend des budgets que nous trouvons. Alors on garde un peu le suspense, mais pour l’instant, la prochaine escale promet d’être très haute en couleur, en chaleur humaine, moins scientifique et beaucoup plus artistique !

Elemen’Terre est un projet qui évolue, et surtout nous aimons ne jamais faire la même chose 😉

Départ ce soir, dès réception du sac, et enfin en mer !

Bon quart à tous,

Marie